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Yves Nidegger, Conseiller national
Chronique parue dans le Nouvelliste du 26 mars 2010
Après la langue de bois, la gueule de bois. Les chiffres crus de
l'Office fédéral des statistiques sont tombés comme une goutte
de piment d'Espelette dans la bouche pâteuse d'un lendemain
d'hier.
La publication le 22 mars de la première statistique fédérale
agrégeant les données policières des cantons pour en tirer
l'inventaire systématique du crime en Suisse, infraction par
infraction et selon l'origine des prévenus, relègue
définitivement les pires fantasmes de l'UDC au rang de rêveries
virginales à l'ombre des cerisiers en fleurs.
Sans appel et sans surprise: ceux qui s'identifient le moins au
pays sont ceux qui le vandalisent le plus.
La palme revient donc naturellement aux requérants d'asile
(généralement faux), avec un score imbattable de crimes et de
délits graves. Suivis par les étrangers clandestins, qui
commettent plus de crimes et de délits que les étrangers au
bénéfice d'un permis de séjour.
Et enfin, même après avoir relativisé le nombre des homicides
par celui des infractions routières, les Suisses qui ferment la
marche dans les profondeurs du classement.
Le contraire aurait été surprenant tant il est humain de se
comporter différemment selon que l'on est placé sous le regard
intrusif des membres de la tribu dont on partage l'histoire et
les jugements de valeurs ou que l'on se trouve isolé en terrain
ennemi avec pour seule boussole les impératifs de sa propre
conscience et ceux de la nécessité.
A la guerre comme à la guerre.
C'est le syndrome, connu, du troupeau d'Allemands en goguette
abandonnant force canettes sur la plage dalmate des vacances
avant de s'en retourner à Munich y poursuivre le tri religieux
de ses déchets, tous biodégradables.
Devenu adulte, le petit prince se sentira toujours plus
responsable de ce qu'il a apprivoisé que de ce qui lui est
étranger. On peut le regretter, c'est comme ça.
Les 220'000 signataires de l'initiative pour le renvoi des
criminels étrangers l'avaient compris avant les statistiques: il
faut un œil. Soit il est dans la tombe et regarde Caïn.
Soit il porte le képi et la robe du juge.
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