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Contre les rémunérations abusives

 

Yves Nidegger, Conseiller national
Chronique parue dans le Nouvelliste du 23 février 2010


C’est sans doute inscrit dans le génome humain : quand tout le monde est propriétaire de tout, personne n’est propriétaire de rien. Et une nomenklatura chargée d’administrer le bien commun se comporte alors propriétaire effectif, la responsabilité en moins, en se goinfrant jusqu’à l’infarctus. Cette démonstration, les socialistes l’ont conduite jusqu’au dépôt de bilan, avec l’Union soviétique en 1991, puis jusqu’à l’asphyxie avec le clientélisme social européen. Or, voici que les dérives du capitalisme boursier en apportent leur propre confirmation. Quand le peuple des actionnaires est si nombreux et si diffus qu’il ne peut s’exprimer, sinon par des représentants bancaires ou institutionnels, la nomenklatura chargée de diriger les entreprises cotées en bourse ne tarde pas à se goinfrer, c’est humain, au nom de la « share holding value ». Socialisme orthodoxe ou capitalisme déviant, la négation des droits et des devoirs du propriétaire est au centre du problème. Elle doit donc être au centre de sa solution. C’est du moins ce qu’en pense, en substance, Thomas Minder et son initiative « contre les rémunérations abusives ». Renforcer les droits et les devoirs des actionnaires propriétaires face à l’administration et à la direction des entreprises cotées. Exiger un vote d’assemblée fixant la rémunérations des organes. Interdire les parachutes dorés. Empêcher la captation des voix par les intentionnels et les « nominee ». En clair, éviter qu’à peine élus, des oligarques cooptés s’empressent de conclure avec eux-mêmes des contrats leurs assurant d’avance des rémunérations garanties sur plusieurs années sans rapport avec les résultats annuels. Sur le fond, l’idée est bonne et répond aux préoccupations populaires du moment. A la forme, la Constitution fédérale n’est pas le lieu d’une codification du droit des sociétés. Tout comme la Constitution cantonale (les Genevois l’ont appris à leur détriment), n’est pas le lieu d’une codification socialiste du droit du logement. Rigide, imperfectible sans un passage devant le peuple, la voie constitutionnelle en ces matières signifie blocages annoncés et effets pervers garantis. Bonne nouvelle, Thomas Minder retirera son initiative si la réforme du droit de la SA préconisée par l’UDC est acceptée. Il suffisait de d’asseoir à une même table. Personne d’autre ne l’a fait. Les socialistes apprécient moyennement. Car ce qu’ils aiment chez Minder, ce n’est pas tant le renforcement de la propriété privée que ces blocages dont il salivent par avance en contemplant la voie constitutionnelle.
 

 

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