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Yves Nidegger, Conseiller national
Chronique parue dans le Nouvelliste du 16 janvier 2010
Dans l’affaire des ex détenus de Guantanamo, le Conseil fédéral
se voit sommé par le parlement de choisir : déclencher contre la
Suisse la colère de la Chine ou bien celle des Etats Unis. On
croit rêver, on se pince, on ne rêve pas. S’il fallait un indice
apte à mesurer l’ampleur de l’échec de la politique étrangère
conduite par Madame Calmy-Rey, l’absurdité du guêpier de
Guantanamo, dans lequel la Suisse s’est spontanément précipitée,
serait sans doute suffisant à élever au rang d’art majeur cette
caricature des errements de l’abandon de la neutralité.
Car c’est en s’acharnant à tuer la neutralité, sous prétexte de
la rendre « active », que le Conseil fédéral est parvenu à
priver la Suisse de la boussole qui guidait sa politique
étrangère lorsque ce pays en avait une. Sans orbite propre, la
Suisse vit désormais un destin de satellite, volontairement
exposé aux aventures des puissants, sommée de choisir son camp,
de s’aligner : sur la raison du plus fort.
Pourtant la Suisse aurait une mission, une vraie, à l’aube d’un
siècle qui a choisi de confier ses espoirs de paix au principal
chef de guerre de la planète en décernant un prix Nobel
préventif, comme il y a des guerres préventives, à un président
américain en partance pour l’Afghanistan. Bon communicateur,
Obama a promis une guerre « propre », ce mot magique et
tellement dans l’air du temps qu’il anoblit tout ce qu’il
touche. A l’image des nouvelles technologies, la guerre de
demain serait donc propre, c'est-à-dire durable et renouvelable.
Bon public, le monde a applaudit, avec au premier rang la Suisse
officielle, tout sourire, alignée.
La Suisse doit rapidement sortir de ce rang et renouer avec sa
vocation, il en va de sa survie. Se repositionner politiquement,
en tant qu’Etat neutre et indépendant, dans un monde devenu
multipolaire, où la Suisse offrira à des blocs rivaux de
nations, réunies par des géographies et par des histoires, les
prestations de bons offices que seule permet la neutralité. En
un mot faire au XXIème siècle ce que la Suisse a toujours su
faire : inventer une voie suisse, propre à l’époque, hier utile
à l’Europe, demain utile au monde. Mais avant cela, changer de
Conseil fédéral et de ministre des affaires étrangères.
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