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Yves Nidegger, Conseiller national
Chronique parue
dans le Nouvelliste du 15 décembre 2009
Par leur vote anti-minarets, les Suisses ont pris acte de la
présence de l’Islam chez eux. En le priant de ne pas modifier le
paysage. C’est aussi le début de quelque chose de plus vaste, sans
doute, avec l’ouverture de plusieurs débats d’importance : les
limites respectives du droit constitutionnel et de la démocratie
directe, d’une part, celles de la laïcité et de la liberté
religieuse, d’autre part. Car si certains ont vécu le vote
anti-minarets comme une piqure de rappel - la chrétienté d’Occident
fut longtemps voisine d’un Empire Ottoman, capitale Istanbul, avec
lequel les contacts étaient surtout douloureux - d’autres utilisent
déjà ce vote pour relancer leur lutte historique contre l’infâme,
comprenez la religion, chrétienne de préférence. Alors que le pays
s’émeut, à juste titre, du caractère discriminatoire d’une
interdiction qui touche les croyants d’une seule religion, deux
juristes de l’Université de Zurich sont sortis du bois ce dimanche
avec sous le bras un projet de discrimination plus générale, destiné
à frapper de manière égale toutes les religions. Mus par ce souci
louable qui fut celui des régimes marxistes, promoteurs d’une
stricte égalité entre toutes les religions en s’appliquant à ce
qu’aucune d’entre elles ne survive à leur politique. Nos érudits
zurichois proposent donc de guérir d’une initiative populaire par
une autre initiative populaire. Qui consisterait à inscrire dans la
Constitution, à l’article 15, juste après la garantie de la liberté
de conscience et de religion, une obligation de discrétion à charge
de toutes les communautés religieuses. Bannir l’ostentatoire
architectural d’inspiration religieuse d’où qu’il vienne ! Il
fallait y penser. Pour ainsi laver l’affront du 29 novembre en
noyant l’interdiction des minarets dans celle des cathédrales.
Génial. Une interdiction générale de l’ostentatoire architectural
rendrait en effet inutile, en l’absorbant, l’interdiction
particulière des minarets. Plus aucun croyant ne doit prendre le
risque de heurter la sensibilité d’un autre croyant ou d’un
incroyant. Rasons donc les cathédrales ! Gothiques ou romanes, ces
édifices ostentatoirement chrétiens sont à l’évidence plus
problématiques encore que les quelques phares ottomans dont certains
prétendaient décorer le paysage helvétique. La non discrimination
est désormais à ce prix. Parole de juristes. Et pour le coup, la
paix confessionnelle tournera à la paix des cimetières.
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