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2010, année héroïque


Yves Nidegger, Conseiller national

(Chronique parue dans Le Nouvelliste du 4 janvier 2010)

Elles avancent, depuis la chute du mur, telles des plaques tectoniques condamnées à se heurter, un jour ou l’autre, dans un choc de feu et de gravats. Elles, c’est la plaque continentale européenne, d’une part, libérée de sa gangue à la fin de la guerre froide, enivrée de mondialisation, s’ébrouant dans le détroit de l’histoire d’un siècle nouveau qui lui lâche enfin la bride, pour un temps : Elargissement rapide à vingt-cinq Etats, jadis divorcés entre Est socialiste et Ouest démocratique, entre Nord protestant, industrieux et Sud agraire, catholique ou orthodoxe. Approfondissement tout aussi rapide, de la Communauté économique à l’Union politique, du traité multilatéral au quasi Etat, avec constitution, parlement, présidence, monnaie et fonctionnaires. Plus petite par la taille, c’est d’autre part la plaque de la culture politique, en chemin, tellement proche de l’Europe par l’esprit, tellement éloignée de sa lettre ; on l’appelle la Suisse : fédéralisme, démocratie semi-directe et peuple souverain récusant les juges étrangers qui osent s’aventurer dans ses vallées.

L’affrontement des deux plaques était programmé. Il aura lieu en 2010. Sur un champ de bataille nommé « libre circulation des personnes ». Chacun savait que c’est là qu’on viendrait pour en découdre. Tôt ou tard, mais dès l’aube du siècle et à la baïonnette. On l’avait anticipé au point de lier à cette bataille six traités, d’importances variables mais déterminantes. Personne ne devait ignorer le sillon par où coulait le Rubicond : on y avait même dressé une guillotine, barrant l’horizon de son hombre noire comme un ciel d’apocalypse.

Pour autant, personne n’était dupe : on n’arrête pas la dérive des plaques. Le compte à rebours avait commencé avant même que n’ait séché l’encre des traités signés. Le choc était inévitable. Entendez, dans les brumes de janvier 2010, résonner le cliquetis des armes. Les troupes sont réunies. Préparée pour ce jour, l’UDC ne s’étonne guère de se trouver là. En ordre de bataille, derrière son vieux général. Pendant toute l’année 2009, les légions de l’Union européenne ont pilonné la Suisse. L’immigration a atteint un seuil d’intolérance reconnu. Le chômage menace les jeunes et les anciens. Le secret bancaire est à genoux. Les traités d’entraides jetés aux hosties. Et les Suisses sommés par leurs voisins de renoncer aux inconvenances de leur démocratie. Il n’en fallait pas plus pour que l’année 2010 soit déclarée année de la riposte. Mieux vaudra ne pas être à côté de la plaque. Bonne et heureuse année à tous !

 

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