Grand Conseil - Session du 13 octobre 2008

Eric Bertinat, député

Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les députés,
Chers collègues,

L’introduction d’un 13e salaire en lieu et place de la prime de fidélité devenue -il est vrai désuète- ne pose pas de problème particulier pour l’UDC.

Elle juge que ce serait là un outil salariale moderne et bienvenu. Tenir compte de l’évolution de la société qui désire plus de flexibilité sur le marché du travail en réduisant l’écart entre le début et la fin de la carrière est une bonne chose. Proposer 200 métiers en lieu et place des 2500 fonctions existant aujourd’hui au sein de fonction publique est un énorme progrès qu’il convient de saluer.

Mais…

Mais il faut aussi relever que les salaires actuels proposés par l’Etat sont tout à fait acceptables par rapport à ceux proposés par le secteur privé ou même la Confédération. Là n’est pas la principale raison pour revoir aujourd’hui les lois régissant le personnel, excepté les salaires extrêmement bas des hauts cadres de l’Etat dont il sera question durant ce débat.

Les accords signés entre le Conseil d’Etat et les organisations représentatives du personnel du 13 septembre 2006, acceptant l’introduction d’un 13e salaire n’empêche nullement le Parlement d’accepter ou de refuser cette réforme à la fin 2008 en considérant les impacts d’une telle décision à l’aune d’une situation économique qui a terriblement changée depuis 2006.

Les mécanismes de transition, 75 millions de francs pour 2009, participeront à l’augmentation du coût de la vie et creusera un écart supplémentaire avec la classe moyenne qui souffre à Genève. La Tribune de Genève titrait hier à la suite du classement du revenu libre par canton publié par le Crédit Suisse : « Genève canton riche mais citoyens pauvres ». « Même si les salaires sont élevés, logements et impôts pèseront lourdement sur le budget des ménages. L’on pourrait ajouter également des coûts de santé modérés et des tarifs d’électricité avantageux.

N’est-ce pas là que se trouve les priorités pour le Conseil d’Etat, dont les charges même contenues, ne cessent d’augmenter ?

Tout ce que s’occupe l’Etat coûte la peau des fesses aux contribuables ! L’introduction d’Harmos coûtera au minimum 10 millions. Justice 2010 nécessitera l’engagement de 154 nouveaux collaborateurs pour un coût de 30 millions. L’introduction du 13e salaire obligera la dépense de 12 millions pour les caisses de prévoyance publiques.

L’UDC constate qu’il faudra attendre une dizaine d’années avant que les effets promis de « réduction de la croissance des charges de personnel » ne se fassent sentir. Et encore parlons-nous d’une augmentation plus faible des charges. D’ici à 2014, nous voyons principalement une dépense supplémentaire de 388 millions. (page 62 du rapport). Sans oublier les coûts des mécanismes salariaux imposés à de nombreuses associations subventionnées dont la capacité financière n’est pas assurée, d’où la raison de ma motion 1845. Il y a encore beaucoup à dire sur ce projet, même si la commission des finances s’est penchée à 8 reprises sur le bébé prématuré.

L’UDC estime que l’Etat n’a pas à jouer le rôle de couveuse salariale, que le 13e salaire doit être une opération blanche en ces temps incertains, dont la seule certitude que nous ayons est que la dette va augmenter en partie à cause de ce 13e salaire.

L’UDC refusera ce projet de loi.