Projet de loi
modifiant la loi pénale
genevoise (E 4 05) (Consommation d'alcool sur la voie publique)
Le GRAND CONSEIL de la
République et canton de Genève
décrète ce qui suit :
Article 1
La loi pénale genevoise, du 17 novembre 2006, est
modifiée comme suit :
Art. 11B Consommation d’alcool sur la voie
publique (nouveau)
1. Celui qui aura consommé
de l’alcool sur la voie publique, sous quelle forme que ce soit, sera puni
d’une amende de 150 F au moins et de 500 F au plus en cas de récidive.
2. Le cas des
manifestations dûment autorisées est réservé, à l'exclusion de toute
manifestation ayant trait principalement à la consommation d'alcool.
Article 2
La
présente loi entre en vigueur le lendemain de sa promulgation.
EXPOSÉ DES MOTIFS
Mesdames et
Messieurs les députés,
Le rapport des jeunes à l'alcool s'est
profondément modifié ces dernières années, notamment sous l'influence
anglo-saxonne et ibérique.
Les anglo-saxons nous ont
apporté le binge-drinking, dont la traduction
littérale est "biture expresse". Le phénomène a été largement médiatisé,
notamment par l'excellent reportage de Jérémie Drieu et
Vincent Kelner diffusé sur France2, que l'on peut
revoir sur internet grâce au lien suivant :
http://www.chauffeurdebuzz.com/binge+drinking+et+biture+express+sur+france+2-298.
Les adeptes de plus en plus
nombreux de cette ivresse expresse, agés majoritairement de 15 à 25 ans,
consomment l'alcool à la façon d’une drogue dure. Tels des accros au crack,
ils recherchent prioritairement un état de totale défonce, avec tous les
risques que cela comporte. Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer dans nos
parcs ou simplement dans la rue des jeunes s'adonnant à cette pratique, loin
du regard et du contrôle parental.
Les espagnols, quant à eux, nous ont apporté
les botellón. Ces regroupements d'un grand
nombre de personnes dans des lieux publics, dont la seule motivation est de
s'enivrer ensemble, sont considérés comme une véritable calamité par les
municipalités qui doivent y faire face. Ces botellón
sont dans une certaine mesure comparables à des concerts muets où
seule l’ivresse alcoolique est magnifiée.
Il convient au surplus de
souligner ici, les corollaires de ce type de consommation d’alcool, dont
notamment :
-
les agressions physiques;
-
les déprédations en tous genres;
-
les comas éthyliques;
-
les décès.
La préoccupation de santé publique liée à la
santé de jeunes, qui a présidé à l'adoption de la loi sur la
vente à l'emporter des boissons alcooliques (LVEBA), entrée en vigueur au
1er février 2005, doit une fois de plus nous motiver à
empoigner sérieusement et fermement ce sujet récurrent qu'est la
consommation d'alcool par les jeunes.
A l’évidence, l'interdiction de la vente
d’alcool dans les vidéo clubs ainsi que dans les stations service ne suffit
pas, à elle seule, à protéger les jeunes des excès susmentionnés. En effet,
force est de constater que les jeunes arrivent à se procurer très facilement
de l’alcool, il leur suffit de s’approvisionner à temps auprès des
distributeurs autorisés. Ce qu’ils font d'ailleurs.
Dès lors, et à l'instar d'autres domaines,
une adaptation des moyens légaux est nécessaire pour, sinon éradiquer le
phénomène, du moins l’endiguer et tenter ainsi de le contenir dans des
proportions aussi restreintes que possible. Il s’agit certes que d’un pan de
la problématique, mais néanmoins nécessaire. Pour être totalement efficace,
la fermeté devrait aussi être doublée d’une campagne d’information ciblée à
l’attention des jeunes.
Ainsi, il ne s'agit pas de
fustiger la consommation d’alcool raisonnée et privée, mais d'interdire pour
des raisons évidentes de santé publique la consommation d'alcool sur la voie
publique où elle est exempte de tout contrôle, contrairement aux
établissements publics où il est refusé de servir de l’alcool en cas
d’excès. Si par ailleurs, la consommation privée évite de facto et
ex lege tout contrôle étatique, elle soumet néanmoins les plus jeunes à
un contrôle parental qui peut s'avérer salutaire.
L'existence d'une base
légale de droit pénal cantonal facilitera tant la prévention générale que
spéciale des comportements susmentionnés, qui prolifèrent actuellement non
seulement au détriment de la santé de ceux qui s'y adonnent, mais aussi au
détriment d’atteintes diverses et nombreuses au bien être des autres
citoyens de notre canton.
Pour ces motifs, les
auteurs du présent projet de loi vous remercient de lui réserver un accueil
favorable.