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Genève
Candidat de l’UDC au Conseil d’Etat, le conseiller
national Yves Nidegger vise le Département de la police

Yves Nidegger: «Une part essentielle de la
criminalité de rue et du pillage de nos logements est le fait de
personnes venues d’ailleurs.» (Genève,
28 octobre 2009 - Daniel Winteregg)
Cynthia Gani - Le Temps, 30 octobre
2009
Pour Yves Nidegger, sortir du lot est plus qu’un trait de
caractère, c’est un besoin viscéral. Membre de l’UDC certes,
mais à condition de s’imposer comme l’intello au-dessus de la
mêlée qui faisait défaut aux militants. Et d’être libre de «ne
pas manger totalement le menu du parti». Admiré mais redouté
jusqu’à être qualifié de dangereux par certains élus de gauche,
cet avocat de 52 ans à la double casquette de conseiller
national et député au Grand Conseil genevois se lance dans la
course au Conseil d’Etat avec un objectif précis: muscler le
Département des institutions, qu’il veut rebaptiser «Justice et
police», laissé vacant par le socialiste Laurent Moutinot. Son
leitmotiv ne s’embarrasse pas de fioritures: «Interpeller,
juger, renvoyer.»
S’il est élu, il commencera par mettre fin au «programme de
destruction de la sécurité des Genevois». Et n’hésitera pas
renvoyer les délinquants: «Une part essentielle de la
criminalité de rue et du pillage de nos logements est le fait de
personnes venues d’ailleurs, qui ont choisi Genève pour y
commettre leurs forfaits en raison de l’impunité que leur
garantit le canton.» Le droit fédéral, dit-il, prescrit que tout
étranger qui trouble l’ordre public doit être éloigné du
territoire. Ce même droit «en fournit les moyens», et Yves
Nidegger n’hésitera pas à les appliquer.
Une campagne discrète
Dans son étude d’avocat nichée au cœur du quartier cossu de
Champel, Yves Nidegger offre son temps comme un bien précieux:
«C’est une journée dingue! Une intervention à l’association des
analystes financiers, une autre à l’antenne chez le journaliste
Pascal Décaillet, un grand débat avec tous les candidats…»
Puisqu’il faut en passer par là, le candidat se livre toutefois
avec le sourire à l’exercice. D’autant plus nécessaire qu’il
mène une campagne discrète, appuyé par «un noyau de militants
qui se donnent sans compter pour moi».
Depuis qu’il a réclamé la démission du président du parti,
Soli Pardo, suite à la polémique sur l’encart publicitaire de
l’UDC contre «la racaille» d’Annemasse, les relations avec la
direction sont tièdes. Avec la froide violence qui caractérise
ses propos, le candidat explique que Soli Pardo «a été castré
par le parti qui l’a prié de s’occuper des affaires courantes».
De toute façon, estime le conseiller national vert Antonio
Hodgers, «le rapport d’Yves Nidegger à son parti semble surtout
utilitariste».
Inclassable dans son parti
Si l’avocat, malgré son style policé, a choisi l’UDC, c’est
pour combattre l’adhésion de la Suisse à l’UE. Il affectionne
les méthodes du parti, qui «en appelle au peuple pour empêcher
ce que l’élite politique veut imposer». Et se revendique
conservateur, en illustrant: «J’ai voté contre le Pacs car je ne
vois pas pourquoi l’Etat devrait se mêler des questions de
sexualité.» Un discours en adhésion avec la ligne de l’UDC,
contrairement à d’autres sujets.
Soli Pardo confirme qu’Yves Nidegger «est difficile à situer.
Il a des positions blochériennes sur l’économie, la sécurité et
la souveraineté nationale, mais originales sur d’autres points.»
Sa condamnation vive de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi a
marqué. Il est allé jusqu’à clamer à la radio: «Si Monsieur
Kadhafi souhaite la tête de Monsieur Moutinot avec un peu de
persil dans les oreilles, cela me semble un sacrifice tout à
fait supportable pour Genève.»
Yves Nidegger a aussi pris ses distances avec l’initiative
contre les minarets, soutenue par l’UDC. Motivé par «l’horreur
des discriminations» qu’il tient de son expérience au sein de la
secte Moon, dont il est parti en 1992. D’ailleurs, à l’évocation
de cette étape, il se met sur la défensive: «Je suis agacé par
les excommunications prononcées parce que vous fréquentez les
mauvaises personnes. Il me déplaît que l’on reproche aux gens
d’exister.»
Sur le fond de ses années dans la secte, il affirme qu’il ne
s’agissait pas de foi religieuse, mais d’admiration face à un
mouvement qui était «l’un des seuls, à l’époque, à concevoir
qu’il y aurait autre chose après l’URSS». Or Yves Nidegger est
profondément anticommuniste. Son expérience de journaliste l’a
amené à écrire pour le journal américain mooniste New York City
Tribune. «J’ai interviewé Lech Walesa à sa sortie de prison.»
Plus tard, il écrit des papiers pour l’organe de presse de
Vigilance. «Mais je ne les signais pas, c’était pour rendre
service au président de l’époque, un ami.»
Né à Zurich d’une mère parisienne et d’un père fonctionnaire
fédéral, Yves Nidegger vit à Genève depuis l’âge de deux ans et
n’a rien d’un UDC agrarien. Des études universitaires de Lettres
en histoire générale, anglais et histoire du christianisme
inachevées parce que, jeune papa – désormais divorcé et remarié
–, il doit subvenir aux besoins d’une famille de cinq enfants.
Puis il obtient son brevet d’avocat et fonde son étude.
A l’écart du troupeau
En bon individualiste, Yves Nidegger est «fasciné de voir
comment l’être humain se comporte en troupeau». Il n’en fera
jamais partie, mais son parti ne lui en tient pas rigueur.
Certes, les militants agrariens ne se reconnaissent pas toujours
dans ce personnage élitiste, pas du genre à retrousser ses
manches et à boire des bières sur les stands pour vendre son
programme. Mais pour Yvan Perrin, président de l’UDC romande,
l’arrivée du brillant élu «a apporté une plus-value
intellectuelle qui nous manquait. Avec ses lunettes, son langage
un peu précieux, son humour au deuxième degré et son maniement
de l’ironie parfois cruelle.» Il est devenu l’agent de
communication numéro un du parti, prisé par les médias
audiovisuels pour son aisance avec la petite phrase sans pour
autant céder aux raccourcis: à chaque question, il prend le
temps d’argumenter en émaillant son discours de références
historiques. Le populisme, ce n’est pas sa tasse thé.
Renvoyer les délinquants
C’est justement ces capacités, «cette intelligence
chirurgicale», comme le formule le député libéral Olivier Jornot,
qui fait frissonner la gauche. «S’il est élu, il sera très
restrictif sur les libertés, mais avec son approche
scientifique, au nom de la préservation des institutions,
affirme le député socialiste Alberto Velasco. Ce qui le rend
dangereux.»
Encore faut-il qu’il ait envie de s’impliquer: depuis qu’il a
un double mandat, il brille par son absence au Grand Conseil et
reste discret dans l’arène parlementaire à Berne. «Quand il
s’agit d’activité politique, il s’exprime avec aisance mais
n’est pas très productif», constate Olivier Jornot. Même avant
d’être élu sous la Coupole, il ne se chargeait que de peu de
rapports en commission. Serait-il plus régulier au sein d’un
exécutif? Si la plupart des autres candidats tremblent à la
perspective d’hériter du dicastère maudit de la Police, Yves
Nidegger s’en délecte. Il énumère ses mandats de juge à la
commission de recours de la police des étrangers et la
commission de surveillance des Offices de poursuites et
faillites, d’élu aux commissions des affaires juridiques et
judiciaires du Conseil national, de président de la commission
judiciaire et de police du Grand Conseil, et de membre de la
commission «Justice 2011».
Candidat malheureux au Conseil d’Etat il y a quatre ans, puis
il y a deux ans à l’exécutif de la Ville de Genève, l’élu sait
que, mathématiquement, ses chances de l’emporter le 15 novembre
sont très minces, puisque l’UDC n’est pas alliée à la droite
bourgeoise. Galvanisé par l’adversité, il n’aura pas dit son
dernier mot. |